Afin de me faire plein de nouveaux amis, j'ai décidé de consacrer ce blog à la critique d'albums jeunesse.
Pour le reste, on se reportera toujours utilement à Du sarin dans le plastibulle.

mercredi 27 juin 2012

Tombera ? Tombera pas ?

Mélanie Rutten Nour, le moment venu. - MeMo, 2012.

Mélanie Rutten est une équilibriste.
Sous ses pas, de part et d'autre de ses livres, s'ouvre un double abîme où elle se met en grand danger de tomber. Penche-t-elle à gauche ? Voilà que l'on crie à l'imposture, au plagiat, à la copie. Son style outrageusement démarqué de celui de Kitty Crowther en ferait une épigone, suiveuse et ramasseuse de miettes éhontée d'un talent que l'on voudrait unique. 
Et puis on y repense...
Quand le Saint Graal de la plupart des illustrateurs semble être d'acquérir un style qui leur soit propre tout en s'efforçant soigneusement de ne pas sortir de l'air du temps, vivre ainsi dans le souffle d'une autre peut passer au contraire pour une belle preuve de modestie. En suivant Kitty Crowther, Mélanie Rutten ne fait que traduire son admiration pour son œuvre, sentiment louable dont, après tout, les anciens faisaient leur norme et dont nous ne nous offusquons guère en visitant les musées.
Penche-t-elle à droite ? L'on trouvera qu'elle en fait trop, que ses histoires pleines d'afféteries ressemblent à ces personnes dont la grande sensibilité commence par nous séduire avant que leurs chichis ne terminent de nous agacer. N'est pas Arnold Lobel qui veut et toute cette littérature des petits riens finit par écœurer comme un excès d'amuse-gueules au banquet des belles âmes.
Et puis on y repense...
Depuis Sei Shônagon au moins, la littérature blanche est pleine de listes poétiques et de sentiments délicats. Mélanie Rutten écrit suffisamment bien pour faire bonne figure dans n'importe quelle rentrée littéraire et l'on ne saurait finalement lui reprocher que de faire de faux livres pour enfants, trop éloignés de leurs vraies préoccupations. Ce serait un peu vite oublier que l'enfance des albums n'a en réalité à voir que par inadvertance avec celle des gosses. Un album est une histoire en images. Qu'il soit ou non destiné aux enfants n'a d'importance que pour le diffuseur, nulle considération de cet ordre ne doit jamais guider l'auteur. 
Et, de fait, Mélanie Rutten ne s'en laisse pas conter. Pendant que nous tergiversons sur sa légitimité, c'est avec le sourire qu'elle achève sa traversée, soutenue par le travail comme toujours impeccable de MeMo. Avec le sourire et le seul risque, au fond, que l'on y repense...

9 commentaires:

  1. c'est marrant, j'étais dans l'entre deux aussi, à ne pas savoir qu'en penser. Je vais donc en relire un ou deux et y repenser encore un peu...

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  2. Tiens ? Matthieu Maudet... Ce matin même, les bibliothécaires de la Haute-Vienne ont sélectionné deux de vos livres pour le prix départemental Je lis, J'élis. Je vous rassure tout de suite, c'est purement honorifique.

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  3. Un album est une histoire en image.
    Ben oui, c'est pas plus compliqué que ça.
    Et je m'en vais lire Mélanie Rutten. Pour y repenser.

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  4. C'est bien l'effet que ça fait...

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  5. Merci pour l'info, c'est une bonne nouvelle!
    Une sélection pour un prix, c'est déjà un honneur, la valeur vient du vote des enfants. Le reste... on y repensera..

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  6. Queues de cerises !
    Connaissez-vous la "Ligne Claire" ? Sans nul doute. Hergé en était le chef de file. Dans son sillage : beaucoup d'autres auteurs talentueux à qui personne n'a jamais reproché de faire du Hergé, de le plagier. Edgar P. Jacobs, un imposteur ? Aberrant !
    Et les Impressionnistes ? Ceux qui ont suivi le mouvement initié par Claude Monet ont ils été qualifiés de copieurs ?
    N'y aurait-il que les artistes novateurs qui soient dignes d'intérêt ? C'est ridicule.
    Tous les artistes sont des créateurs nourris d'influences diverses et variées, qu'elles soient artistiques ou non. Certains d'ailleurs commencent, au début de leur carrière, par remercier leur maître. C'est ce qu'a fait Mélanie Rutten à la parution de "Mitsu, un jour parfait", son premier ouvrage. " A Kitty Crowther": c'est écrit en toutes lettres, première page.
    Mais si l'influence graphique de Kitty Crowther est perceptible, c'est oublier un peu vite que l'écriture et les préoccupations de Mélanie Rutten n'ont, pour le coup, rien à voir avec le monde selon K.C. Non, Mélanie Rutten n'est pas une "suiveuse et ramasseuse de miettes".
    "N'est pas Arnold Lobel qui veut"... Quoi ? Suffit-il de mettre en scène une grenouille pour faire du Arnold Lobel ? Stupide !
    La mort, l'amitié, la solitude... des chichis ??? Les enfants ne sont pas que des consommateurs de jolies histoires lisses au goût sucré.
    Trêve de plaisanterie : il n'y a qu'un Arnold Lobel, c'est évident. Et il n'y a qu'une Mélanie Rutten, c'est tout aussi évident.
    Que les esprits chagrins, les coupeurs de cheveux en quatre, les "tergiversateurs" de tous poils aillent pinailler ailleurs.
    Cette polémique imbécile n'a absolument aucun intérêt. Sauf, peut-être, celui de nous fâcher avec le cercle étroit des spécialistes du "Bla bla bla"...
    Pfff... Un peu de "Savoir-vivre" s'il vous plaît !

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  7. Flûte, j'ai réveillé Satan... qui a semble-t-il un peu de mal avec la lecture, sans quoi il s'apercevrait que nous sommes d'accord.
    Une petite anecdote, pour continuer sur la "ligne claire" (expression soit dit en passant inventée bien plus tard par quelques critiques postmodernes) : un jour, le dessinateur Jijé reçut une lettre comminatoire d'un certain Hergé lui intimant l'ordre de cesser de le plagier sans quoi il allait lui en cuire. Ce à quoi Jijé répondit par un simple dessin représentant Bécassine, puis Bécassine sans coiffe mais avec une houppe. Jijé n'entendit plus jamais parler de ce Hergé...

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    1. je me régale ici des posts (superbement écrits) et des commentaires, des offusqués (quand il n'y a pas lieu d'être) des défenseurs (qui ne défendent rien finalement) ...
      Bravo pour ce blog, pour cette plume parfois acerbe, parfois drôle, toujours justifiée, jamais gratuite (que l'on ait les mêmes goûts ou non)

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  8. Merci merci ! Même si, parfois, je me fais l'effet d'un assassin...

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